Calathea : mode d'emploi de la plante qui prie

Par Nos Compagnons Verts3 min
Portrait illustré d'une calathea aux feuilles ovales rayées de vert clair et de vert profond, aux revers pourpres, dans un pot en terre cuite

Elle a une réputation de diva, et pour une fois, la rumeur dit vrai. La calathea exige une eau choisie, une humidité de sous-bois et une lumière douce. En échange, elle offre ce que très peu de plantes savent faire : du mouvement. Chaque soir, ses feuilles se redressent et se replient comme des mains jointes, d'où son surnom de plante qui prie. Petite précision pour briller en jardinerie : depuis 2012, les botanistes ont reclassé la plupart des calatheas dans le genre Goeppertia. L'étiquette a changé, les caprices sont restés.

Pourquoi ses feuilles prient le soir

Ce mouvement porte un joli nom : la nyctinastie. À la base de chaque feuille se trouve un petit organe moteur, le pulvinus, une articulation renflée dont les cellules se gonflent ou se vident d'eau selon l'heure. Quand la pression change, la feuille pivote. Le matin, le limbe s'étale pour capter la lumière ; le soir, il se redresse et dévoile souvent un revers pourpre. Le tout suit une horloge interne calée sur le cycle du jour, et dans une pièce silencieuse, vous pouvez même entendre un léger froissement au crépuscule.

Retenez surtout ceci : une calathea qui bouge est une calathea qui va bien. Si les feuilles se figent pendant plusieurs jours, passez en revue ses trois besoins, dans l'ordre qui suit.

Feuilles de calathea striées de vert tendre et de vert sombre, revers pourpres bien visibles, la signature graphique des Marantacées

L'eau : son seul vrai ultimatum

La calathea déteste le calcaire, le chlore et le fluor de l'eau du robinet. C'est la première cause des pointes brunes. Offrez-lui de l'eau de pluie, de l'eau filtrée ou une eau en bouteille faiblement minéralisée. Laisser reposer l'eau une nuit fait s'évaporer le chlore, c'est toujours ça de pris, mais n'élimine ni le calcaire ni le fluor : ne comptez pas sur cette astuce seule.

Côté rythme, gardez le substrat légèrement frais, jamais détrempé. Arrosez à l'eau tempérée quand la surface commence à sécher, puis videz la soucoupe après vingt minutes. Un terreau léger et drainant, allégé de perlite ou de fibre de coco, protège les racines de l'asphyxie. En hiver, espacez les arrosages sans jamais laisser la motte sécher complètement.

L'humidité, sa langue maternelle

Dans la nature, les Goeppertia poussent à l'ombre des forêts tropicales d'Amérique du Sud, dans un air saturé. Chez vous, visez au moins 50 à 60 % d'humidité. Le plus efficace reste un humidificateur ; à défaut, regroupez vos plantes, qui créent ensemble un microclimat, ou posez le pot sur un lit de billes d'argile humides, sans que l'eau touche le fond du pot. La brumisation, en revanche, est surcotée : l'effet dure quelques minutes et les gouttelettes tachent les feuilles veloutées, celles de l'orbifolia par exemple. Une salle de bain lumineuse peut devenir son palace.

Une lumière tamisée, comme sous les arbres

Pas de soleil direct : il délave les motifs et brûle le limbe. Pas d'ombre profonde non plus : la plante s'étiole et perd son contraste. L'idéal se situe entre les deux, près d'une fenêtre à l'est, ou à deux mètres d'une fenêtre au sud, derrière un voilage. Donnez-lui un quart de tour chaque semaine pour une silhouette équilibrée, et dépoussiérez les feuilles au chiffon humide : elles respireront mieux.

Pointes brunes : lire le message avant de couper

Une pointe brune est un message, rarement un drame. Eau trop calcaire, air trop sec ou excès d'engrais qui accumule des sels dans le substrat : passez ces trois suspects en revue avant toute chose. Vous pourrez ensuite retailler la pointe aux ciseaux propres, en suivant la forme naturelle de la feuille et en laissant un fin liseré sec, pour ne pas rouvrir la blessure.

Deux autres signaux utiles : des feuilles qui s'enroulent en cigare réclament de l'eau ou moins de lumière, des feuilles qui jaunissent en série trahissent le plus souvent un excès d'arrosage.

Bonne nouvelle pour les moustaches

La calathea appartient à la famille des Marantacées, réputée sans danger pour les chats et les chiens. Vous pouvez donc la laisser à hauteur de museau sans inquiétude, ce qui n'empêchera pas un félin joueur de trouer une feuille par pur esprit sportif. Si vous composez un coin entièrement adapté aux animaux, associez-la à la fougère de Boston, autre amatrice d'air humide, tout aussi inoffensive.

Fougère de Boston aux frondes arquées et légères, compagne idéale de la calathea : mêmes besoins d'humidité, même innocuité pour les animaux

Apprivoiser la diva

Une fois ses trois conditions réunies, bonne eau, air humide, lumière douce, la calathea se révèle étonnamment stable. Trouvez-lui une place, puis n'y touchez plus : elle déteste les déménagements. Et chaque soir, quand ses feuilles se lèveront dans le salon, vous saurez que votre diva ne prie pas : elle vous applaudit.

À la Pension

À la Pension des Plantes, notre jeu gratuit, la calathea compte parmi les pensionnaires les plus théâtrales : elle arrive épuisée, réclame sa petite routine et repart somptueuse. Ses feuilles s'y replient aussi le soir, nous avons vérifié. Il ne vous reste qu'à lui ouvrir la porte de votre véranda.

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